samedi 26 avril 2008

LA partie d'échecs avec Napoléon

La partie d'échecs que Mme de Rémusat mentionne dans ses Mémoires, qu'elle fit avec Napoléon le soir du 29 mars 1804, a fait l'objet d'un tableau en 1805 conservé, semble-t-il, au château de Malmaison.

La partie d'échecs est l'objet d'études de la part des passionnés d'échecs.
De ce fait, plusieurs représentations des parties entre Napoléon et Madame de Rémusat existent, comme celles-ci, qui évidemment attribuent des traits fictifs à Madame de Rémusat (la 3e image date du XXe siècle et est d'un peintre hongrois né en 1949, Badacsonyi Sandor):






Thierry Libaert ("Napoléon, Stratège échiquéen")a raconté cette partie d'échec en croisant plusieurs sources :
La première date du 20 mars 1804 et fut jouée à la Malmaison contreMadame de Rémusat, dame d’honneur de Joséphine. Le 20 mars 1804,Madame de Rémusat joua effectivement contre Napoléon, elle en témoigne dans sesmémoires : « il m’appela vers une table pour faire une partie d’échecs. Il ne jouaitguère bien, ne voulant pas se soumettre à la marche des pièces. Je le laissais fairece qui lui plaisait, tout le monde gardait le silence, alors il se mit à chanter entre sesdents ». La partie fut interrompue après l’annonce de l’arrivée du général Hullin etune conversation privée entre le premier consul, Hullin, Murat et Savary. Thiers dansson Histoire du Consulat et de l’Empire (1845) en fournit une version romancée :« Seul, distrait, affectant le calme, il avait fini par s’asseoir devant une table, et iljouait avec l’une des dames les distinguées de la cour consulaire ». Les mémoires deMadame de Staël contiennent également la description des faits : « il jouait auxéchecs avec une dame de la cour [...] puis il avançait le pion suivant en songeantsans doute à la manière dont il ferait ainsi mourir les hommes ».Napoléon joua donc bien aux échecs contre Madame de Rémusat ce 20 mars 1804,c’est-à-dire le soir de l’exécution du duc d’Enghien. Et pourtant la partie qui circuledans la littérature échiquéenne est très vraisemblablement un faux. Plusieurs raisonsmilitent pour un canular historique. D’abord le fait qu’en dehors de Madame deRémusat, aucun acteur de la scène n’indique la partie, ensuite et surtout letémoignage même de celle-ci qui indique que Napoléon jouait des coups faux maisqu’elle le laissait faire. En lieu et place, nous avons une miniature en 14 coups (alorsque la partie était censée avoir été interrompue) qui se termine par une bellecombinaison sacrificielle. La première apparition de cette partie remonte au15 juillet 1845, date de sa publication dans la revue de jeu d’échecs La Palamède (n°4: Arrabal, Fischer : le roi maudit, Editions du Rocher, 1973, p.141
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Page 5
57, page 328). Sous le titre « Une partie d’échecs gagnée par Napoléon », la revuepublie la partie « telle qu’elle fut jouée » selon les termes employés. Le fait quel’article ne soit pas signé, que l’auteur ne cite pas ses sources sur l’origine de lapartie incite à une extrême prudence. Le commentateur note les vers que prononçal’empereur à trois reprises et juge le style « plus proche de l’école italienne que decelle de Philidor » (française). Pour l’anecdote on se délectera des commentaires del’époque sur le déroulement de la partie. Le premier coup de Madame de Rémusatest commenté ainsi : « C’est un début de femme : réservée et timide » ; et celui deNapoléon : « pas plus mauvais qu’autre chose ».

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